Onze vies et morts
La mort prouve chaque jour qu’elle n’a absolument rien de fantasmagorique.
Elle frappe quand elle le souhaite souvent en respectant les étages et les niveaux des existences, mais aussi en profitant des failles mises à sa disposition par les larges vulnérabilités humaines. Elle est parfois source de révolte pour toujours imposer aussitôt le curieux mélange de l’acceptation avec l’acception. Onze enfants orphelins sont morts dans la nuit de mercredi à jeudi à Alger. Ils n’auront peut-être pas des parents pour les pleurer, mais ils auront l’assurance que l’Algérie entière, pour eux, portera le deuil, étant certain que chaque Algérien, d’une manière ou d’une autre, de par la définition retenue de l’existence, porte le deuil de quelque chose. Sauf que les enfants emportés n’étaient déjà pas gratifiés par le sort. L’abri et le gîte trouvés, avec on le devine une enfance chaotique, au lieu de leur apporter un répit, ont été des fossoyeurs attitrés. L’inadvertance d’un climatiseur en cette période de forte braise a suffi pour emporter onze vies d’innocents comme si l’innocence était une tare pour servir de plateforme à la mort. Bien sûr, on essaiera de mettre à nu les responsabilités dans ce drame. Un climatiseur, censé prodiguer de la douceur en luttant contre la chaleur et la fournaise, a court-circuité des vies. Ainsi, il sera difficile de délimiter les responsabilités sinon d’accuser la fatalité. Elle sera toujours présente en la demeure. Exactement comme s’il faille accuser l’homme dans les catastrophes produites par les séismes et les inondations catastrophiques. Si la mort s’allie avec le chauffage et le gaz carbonique dans le froid des hivers, elle se manifeste dans la chaleur torride des étés pour démontrer que la nature a une multitude d’atouts pour livrer ses faits démoniaques. Les drames humains sont une constante. Malheureusement le séisme dans les cœurs est gravé dans la pérennité.