Mirage et illusion dans un monde soumis

Dans une naïveté manifeste, on s’étonne de la nouvelle outrance de Donald Trump qui, à sa manière, intime l’ordre au président de la FIFA de gommer le carton ro...

Cette Coupe du monde de football vient elle aussi briser une illusion sur une normalité universelle selon laquelle le monde est un éden où toutes les raisons de sagesse et de retenue sont légitimées et authentifiées. Que tous les cris des détresses humaines ne sont que de menus aléas épisodiques dans un paradis qui tient bon dans sa tranquillité. Le drame n’est pas dans l’exécution de l’ordre de Trump aussitôt suivi par Infantino, mais dans la grande illusion d’une conviction que l’on retient avec persistance sur un monde où la justice humaine est une constante arrêtée. Le suivisme du président de la FIFA n’est qu’un exemple de plus sur la vraie nature d’un terrain où évoluent les existences. Il a fallu peut-être qu’un seul homme, monté au sommet de la puissance, mette à nu sa conscience pour faire comprendre que les terrestres ne vivent pas dans un jardin fleuri. Sans doute faudrait-il se convaincre une bonne fois pour toutes que la saga sur le Groenland, les sombres ombres du Panama, les exodes humains, les génocides et les ethnocides à répétition ne sont pas que des épiphénomènes n’ayant aucun motif pour inquiéter. Sans doute aussi serait-il nécessaire de se persuader qu’un monde meilleur n’est pas à portée de main et que les luttes et le militantisme ont encore un long chemin à parcourir. Mine de tout, Trump ne cesse de démontrer qu’il est à la tête d’une jungle où le dérèglement et la déraison multiforme sont programmés avec minutie et auxquels le monde entier est soumis. Certes, il est impensable de garder les bras baissés. Mais il est aussi indispensable de fuir les illusions et ouvrir les yeux sur la réalité.