La houle des colères des rues françaises
On s’astreint à n’entrevoir dans les manifestations des lycéens français qu’une colère juvénile contre l’insuffisance des moyens pédagogiques censés leur être d...
Si les motifs du ras-le-bol des collégiens ont une réelle consistance, les vraies causes de ce qui s’apparente à un soulèvement ébranlant toute la France en frigorifiant la majorité des collèges et des lycées français, revêtent les faces apparentes d’une profonde crise sociale nationale. Ils sont en vérité l’étalage d’un large malaise dont des adolescents tiennent à en être les témoins. Pour une fois, la jeunesse française, en manifestant dans la rue et en inversant les rôles, s’investit en tuteurs de l’autorité parentale pour réclamer le holà à une situation désespérante dans laquelle le pays est plongé. Hier, témoins silencieux des peines et souvent des détresses familiales, les jeunes se placent aujourd’hui au premier plan pour revendiquer une rupture totale avec la malaisance de leurs parents. Aussi, il est significatif que la houle des grandes colères qui se sont amplifiées est parvenue des quartiers populaires où la mal-vie tenaille les populations laissées pour compte. Dans les lieux des existences obscures, on impute la misère aux parents sans s’avouer que leur vie est dissolue par leur réveil précoce avant l’aube pour aller vendre leur sueur et revenir très tard la nuit. Mieux encore, derrière les colères et les revendications est entrevu le désespoir d’une adolescence anxieuse face à la disparition des perspectives d’un avenir conforme à leurs espérances. Elle prend à témoin un destin qui ne leur offre aucun avenir. Elle ne demande pas seulement que les sanitaires de leurs centres d’apprentissage soient mieux entretenus et le déduire serait considérer que le feu qui enflamme les rues n’est qu’un jeu d’enfant dans une cour de récréation. Il s’agit de marches coléreuses et de manifestations dans la grande cour d’un monde duquel n’apparaît aucun horizon heureux pour les générations montantes.