Destins des autres
Ces derniers jours la cascade des décès est d’une teneur allant au-delà de l’affliction car sa densité ne suffit pas seulement à provoquer la naissance des regr...
Les enterrements défilent et ne manquent pas de signifier que nous enterrons surtout une partie de nous-mêmes. La mise en terre est aussi l’enfouissement d’étapes vécues par ceux qui gardent encore présent le souffle vital. Des noms connus se retirent de sous des lumières. Les unes, au nom du grand art, les autres ayant été éclairées selon les conjonctures et les audaces. Une espèce de persécution tenace vient tambouriner avec insistance l’esprit pour que gicle l’inventaire de lourds souvenirs, exigeant un hymne à la mort. Mais le chant mortuaire n’est jamais une victoire sur la fatalité quand un parent, un ami ou un proche accompagnateur de notre existence disparaît. En ce moment, pas un jour ne passe sans que des repères humains ne s’éteignent en rappelant que l’extinction est garantie pour tous. Le mystère est que nul ne sait à quel niveau se situerait sa propre disparition sur la liste des départs définitifs. Les deuils face à la mort surviennent, de différentes dimensions selon les proximités en infligeant de curieux remords et contrariétés pour perturber les visions intimes sur la vie. Que l’on aime ou que l’on n’apprécie pas le destin des autres, lorsqu’ils tiennent un bout de célébrité et lorsqu’ils disparaissent à jamais, ils emportent avec eux un lot de souvenirs qui nous a fait et on ignore toujours quand ils tomberont dans l’oubli. La morale et la religion enseignent l’éloignement de la médisance à l’encontre d’une personne connue quand elle rend l’âme. La retenue inculquée est une réserve gardée pour toutes les âmes encore présentes. Une espèce de garantie anticipée pour préserver des pans partagés d’une existence. Des écrivains, des poètes, des artistes, des politiques et d’autres noms connus forcément enregistrés dans les mémoires passent et disparaissent en laissant des traces, souvent délébiles.