Chants des sirènes et intelligence artificielle
Pour le commun des mortels, l’énorme énigme que présente ce que l’on appelle Intelligence artificielle est déroutante.
On a beau se torturer l’esprit pour comprendre le phénomène, l’intelligence humaine, elle, ne peut que reconnaître ses limites. Malgré l’ensemble des connaissances et le grand savoir dont on dispose, la compréhension et la clarification sur ce génie artificiel butent sur un vague rendu quand on essaie de maîtriser d’où vient son pouvoir illimité. Ange et démon en même temps, il laisse pantois car sa génétique est difficile à dénuder. Avec ses multiples visages, il garde secrète son essence. La nature de la démission humaine face à cet ogre savant n’a rien d’étonnant. On n’arrête pas le progrès et l’homme a toujours été à la recherche des découvertes, pour sans prendre gare se dépouiller de ses prérogatives. Le débat sur le sujet s’élargit et deviendra sans doute infini. Les savants et les connaisseurs auront beau s’échiner à livrer des détails sur le sujet, l’esprit commun restera effaré devant ce tsunami particulier capable de défaire une normalité qui a régi le monde jusqu’ici. On ne peut contester le bien concret qu’il procure à l’humanité. Mais on ne peut pas non plus occulter les pièges assimilables aux chants des sirènes des mers qui l’accompagnent. En tentant de saisir la base de son articulation à la limite fantomatique, on s’arrête bien obligé à une explication étroite sur la nature d’une énorme machine de réception dénommée Big Data capable d’arracher les moindres intimités de chacun. On garde l’impression que l’on ne va pas plus loin, sans savoir exactement d’où lui vient cette puissance en voie de défier les cieux. Il semble que ce fabuleux outil va remplacer l’homme et l’on convient à presque le déifier pour que ce soit l’homme qui devienne outil. L’inversion des rôles s’est déjà installée depuis longtemps avec la robotique pour qu’une déshumanisation s’opère.