Quand le vol de la fonte menace des vies humaines !
Il est des actes de vandalisme dont la gravité dépasse largement la valeur des biens dérobés.
Le vol des plaques d’égout et des couvercles d’avaloirs en est une illustration particulièrement alarmante. Derrière un simple morceau de fonte se cache un danger mortel, capable de transformer une rue ordinaire en piège pour les automobilistes, les motocyclistes et les piétons. Faut-il, là encore, pour mettre fin aux ignominies de ces sauvageons, miroiter la peine de mort ? * Ce phénomène devient récurrent ; il est alimenté par un commerce clandestin de métaux, constitue une véritable menace pour la sécurité publique et révèle les limites des mécanismes de protection des infrastructures urbaines. Les plaques d’égout, généralement fabriquées en fonte ou en acier, sont convoitées pour leur valeur marchande auprès des circuits de récupération des métaux. Arrachées à leur emplacement, elles sont revendues à des ferrailleurs clandestins peu scrupuleux, avant d’être destinées à la récupération de la matière première. Ainsi, un équipement indispensable au fonctionnement des réseaux d’assainissement devient une marchandise pour des individus qui privilégient le profit immédiat au détriment de l’intérêt général. Ce trafic ne saurait être considéré comme un simple acte de délinquance. Il constitue une atteinte directe aux biens publics et une mise en danger délibérée de la vie d’autrui. Chaque couvercle dérobé expose des citoyens à des accidents parfois irréversibles, tandis que les collectivités locales sont contraintes de mobiliser des moyens financiers supplémentaires pour remplacer les équipements volés et sécuriser les lieux. Les conséquences de ces vols sont particulièrement dramatiques lorsque les bouches d’égout et les avaloirs restent ouverts sur la chaussée. À la tombée de la nuit, sous une pluie abondante ou dans une rue insuffisamment éclairée, une ouverture non signalée peut devenir presque invisible. Un automobiliste peut perdre le contrôle de son véhicule, un motocycliste chuter lourdement et un piéton, notamment un enfant, tomber dans une excavation profonde. Le danger est d’autant plus préoccupant que les victimes potentielles ne disposent d’aucun moyen de se prémunir contre ces pièges improvisés. Un simple déplacement quotidien peut alors se transformer en drame. La responsabilité collective est donc engagée : celle des auteurs de ces vols, adeptes d’une « vermination* » sans conscience, mais également celle des dispositifs de surveillance, d’intervention et de sécurisation lorsqu’ils ne permettent pas de prévenir durablement de tels risques. Avec le retour des précipitations, cette problématique prend une dimension supplémentaire. Les avaloirs jouent un rôle essentiel dans l’évacuation des eaux pluviales. Or, lorsqu’ils sont privés de leurs couvercles, ils peuvent recevoir des bouteilles, des sacs plastiques, des branchages et toutes sortes de détritus abandonnés sur la voie publique. L’accumulation de ces déchets favorise l’obstruction des conduites et perturbe l’écoulement des eaux. Les chaussées se retrouvent rapidement submergées, les eaux stagnantes fragilisent le revêtement routier et les déplacements deviennent dangereux. Dans les zones vulnérables, ces dysfonctionnements peuvent aggraver les inondations et compliquer les interventions des services de secours. Le paradoxe est saisissant : un équipement destiné à protéger les citoyens et à faciliter l’évacuation des eaux devient, par son absence et le manque d’entretien des réseaux, un facteur supplémentaire de vulnérabilité urbaine. Au-delà des risques humains et environnementaux, ces actes de vandalisme représentent une charge financière non négligeable pour les communes et les organismes chargés de l’assainissement. Le remplacement des plaques volées, les réparations de voirie, les interventions d’urgence et les opérations de nettoyage mobilisent des ressources publiques qui pourraient être consacrées à l’amélioration des services de proximité. Cette situation est d’autant plus regrettable que les collectivités locales doivent déjà faire face à de nombreuses contraintes budgétaires et à des besoins croissants en matière d’entretien des espaces publics. Chaque équipement détruit ou dérobé constitue ainsi une dépense supplémentaire supportée, directement ou indirectement, par la collectivité. Face à ce fléau, les interventions ponctuelles et les arrestations en flagrant délit, lorsqu’elles ont lieu, ne peuvent suffire. Il faut s’attaquer à l’ensemble de la chaîne du trafic, depuis les auteurs des vols jusqu’aux intermédiaires et aux acheteurs qui alimentent ce commerce illicite. Les services de sécurité doivent renforcer les enquêtes ciblées, exploiter les renseignements recueillis sur le terrain et coordonner leurs interventions avec les collectivités locales et les services d’assainissement. Une attention particulière doit être accordée aux dépôts de ferraille et aux circuits de revente susceptibles d’écouler des équipements d’origine publique. Car tant qu’un marché clandestin demeure rentable, les vols risquent de se poursuivre malgré les opérations de remplacement. Les zones exposées aux vols répétés doivent faire l’objet d’une surveillance renforcée, notamment durant la nuit. Les citoyens peuvent contribuer à la prévention en signalant rapidement toute ouverture dangereuse, tout vol suspect ou toute transaction douteuse, sans jamais se mettre eux-mêmes en danger. En définitive, le pillage des plaques d’égout ne relève ni d’un fait divers banal ni d’un simple problème de gestion urbaine. Il constitue un défi à l’autorité publique, une menace pour la sécurité des citoyens et un gaspillage de ressources collectives. Mais une question demeure : combien de drames faudra-t-il encore éviter de justesse avant que ce phénomène soit traité comme une véritable priorité de sécurité publique ? La réponse ne peut se limiter à remplacer les couvercles après chaque vol. Elle doit consister à rendre ces actes plus difficiles à commettre, plus risqués pour leurs auteurs et moins rentables pour leurs complices. La tolérance zéro doit ainsi devenir un principe d’action, accompagné de mesures concrètes, coordonnées et durables. Car une société qui protège ses infrastructures protège aussi ses citoyens. Et aucune plaque de fonte, aussi modeste soit sa valeur marchande, ne devrait pouvoir devenir l’instrument d’un drame humain. *Formule empruntée à Abdou BENABBOU auteur de «L’Etat et les citoyens face à l’ignominie commerciale» in ‘Le Quotidien d’Oran’ du 04 octobre 2026.