Macron aura-t-il son Octobre ?
Dans la matinée d’aujourd’hui, la France est devant une question simple : qu’est-ce que c’est aujourd’hui ? Nous sommes le 6 octobre.
Ce mois-là est entré, cette fois-ci, par la grande porte. La rue se mobilise, les lycéens donnent le ton pour les personnels de l’Éducation nationale sous tension, les syndicats veulent peser et c’est derrière cette journée de mobilisation largement relancée, qu’une colère plus ample se profile. Emmanuel Macron pourrait être en train de vivre son octobre. Non pas parce que l’issue de cette journée était déjà écrite, mais parce que le pouvoir aborde ces rendez-vous avec une accumulation de frustrations qu’aucun discours ne parvient à effacer. Tout commence au lycée, ou plutôt, tout commence à se dégrader dans les lycées depuis trop longtemps : des enseignants absents ou non remplacés, des classes surchargées, des personnels manquants, des établissements vieillissants, des journées interminables, un poids scolaire sur les adolescents et une santé mentale accentuant la souffrance. Dans certains quartiers populaires, l’inégalité est encore plus brutale. Les jeunes le voient, le vivent et le disent très clairement : ils n’ont pas les mêmes moyens, pas les mêmes conditions d’étude, pas les mêmes chances. Pourquoi faut-il nous intéresser à qui est derrière cette colère le mieux avant de savoir ce qu’eux sont en train de nous dire alors qu’ils sont jeunes ? C’est humain, c’est d’abord être tout simplement agacé d’un système dysfonctionnel. Au-delà du blocage d’un lycée, il y a des élèves qui ne veulent plus attendre, des enseignants sous pression et des établissements privés des moyens nécessaires pour fonctionner correctement. Les élèves revendiquent en première ligne des conditions d’enseignement, des moyens ; la FCPE appelle aussi à prendre part à la mobilisation de ce 6 octobre. Mais la colère aujourd’hui dépasse largement le cadre scolaire. Les économies annoncées, les arbitrages budgétaires, donnent à beaucoup le sentiment de demander à nouveau aux services publics de faire toujours plus avec moins. Beaucoup voient encore les mêmes classes, les mêmes absences, les mêmes difficultés. C’est là que la colère devient politique. Quand cette colère devient politique, elle ne s’arrête jamais exactement là où le gouvernement souhaiterait qu’elle s’arrête. Elle commence à poser d’autres questions. Qui décide ? Qui choisit les priorités ? Qui influence ? Pourquoi certains intérêts semblent toujours trouver place autour du pouvoir pendant que ceux subissant les conséquences se voient contraints à attendre ? C’est donc ici que s’invite le débat sur Ghaza qui se heurte brutalement à la politique française. Emmanuel Macron vient de s’adresser à l’ONU dans un discours « humaniste » sur la situation à Ghaza et l’inaction internationale, une France défendant une ligne fondée sur le droit international et la solution à deux États. Mais aujourd’hui, dans la rue, les manifestants lui répondent : « nous ne voulons plus seulement entendre votre humanisme, nous voulons voir vos actes. » Ils dénoncent ce qu’ils considèrent comme un double discours de la part du président français : un Macron humaniste aux Nations unies, mais un autre lorsqu’il s’agit de relations militaires, industrielles et diplomatiques avec l’entité sioniste. La controverse n’est pas imaginaire. Des enquêtes ont fait état de flux réguliers de composants militaires français vers des industriels israéliens, tandis que le gouvernement affirme ne pas vendre d’armes destinées à être utilisées par l’armée israélienne à Ghaza, évoquant notamment des composants à usage défensif ou destinés à être réexportés. Cette contradiction apparente illustre un malaise plus profond de la politique étrangère française. Au Sahel, la France a vu son influence s’effondrer ; sur la scène internationale, son discours semble osciller entre principes affichés et réalités diplomatiques ; et, à l’intérieur même du pays, la crise devient multidimensionnelle -politique, sociale, économique et institutionnelle-. La France semble ainsi perdre progressivement sa capacité à convaincre, à rassembler et à peser. En octobre, mois souvent associé aux ruptures et aux bouleversements, cette question s’impose : combien de temps encore Paris pourra-t-il maintenir un discours qui peine à convaincre, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de ses frontières ?