Libye : une démission et des interrogations
Que peut bien signifier la démission du gouverneur de la Banque centrale de Libye, Nadji Issa, présentée lundi 10 août dune manière inattendue et sans aucune pr...
Que peut bien signifier la démission du gouverneur de la Banque centrale de Libye, Nadji Issa, présentée lundi 10 août dune manière inattendue et sans aucune précision quant aux raisons qui lont poussé à jeter léponge ? Pour chercher une réponse à la question, il est nécessaire de revenir en arrière, deux ans plus tôt, à la date de la nomination de M. Nadji Issa à la tête de la Banque centrale de Libye (septembre 2024). Avant de trouver un compromis politique au sein des parties en conflit depuis une quinzaine dannées, la Libye était plongée dans une grave crise pétrolière et financière, notamment la chute de moitié de la production pétrolière, qui avait enregistré une chute de 1,2 million à 600 000 barils par jour, causant des pertes financières énormes pour un pays qui tire ses recettes principalement des hydrocarbures. De ce fait, et si on exclut toute cause personnelle qui aurait poussé M. Nadji Issa à la démission surprise sans donner aucune explication, on peut déduire que quelque part le compromis politique qui avait permis sa nomination à la tête de la Banque centrale a sauté. Et avec lui les espoirs dune stabilité économique et financière tant espérée par les Libyens. Compromis politique secoué et menace sur la stabilité économique et financière, des ingrédients qui peuvent en dire long sur la crise libyenne. Est-ce que la Libye va encore revenir au temps des arrêts de la production pétrolière liés aux désaccords dans le partage des recettes des exportations des hydrocarbures qui marquaient la scène avant septembre 2024 ? Il faut rappeler dans ce contexte que la nomination de M. Naji Issa et de son vice-gouverneur, Marii al-Barassi, na pas été facile, ayant passé par lapprobation des 108 députés du Parlement basé dans lest du pays, et également par le soutien de lONU. En tout cas, larrivée de M. Nadji Issa, présenté comme quelquun qui possède une solide expérience et bénéficiant du respect de larges parties de la classe politique, avait permis de sortir de limpasse provoquée par la révocation de son prédécesseur (en poste depuis 2012), qui a conduit les autorités de lEst du pays sous le contrôle de Khalifa Haftar à suspendre les exportations de pétrole. Le départ de M. Nadji Issa ne peut, donc, que ressusciter le spectre des divisions des rangs, touchant directement au nerf sensible des finances du pays. Pour le moment, cette démission surprise a comme abasourdi les autorités, tant à lest quà louest, qui nont émis aucune réaction officielle, à lexception du président du Haut Conseil dÉtat, Mohammed Takala, qui, déchiffrant un nouveau sombre chapitre de la crise, a appelé M. Nadji Issa à rester en fonction, « afin de préserver la stabilité financière et économique du pays et déviter déventuels abus dans lutilisation des devises », na-t-il pas manqué de souligner.