Les inquiétudes de l’AIE
Les réserves stratégiques en pétrole des pays développés sont mises à rude épreuve.
L’Agence internationale de l’Energie (AIE), qui affiche ses inquiétudes face à un marché énergétique mondial au bord de l’explosion, presse ses pays membres de desserrer les vannes de ces réserves. La pression de la demande face aux tensions persistantes sur les marchés pétroliers liées au conflit au Moyen-Orient et au blocage du détroit d’Ormuz ont fini par avoir raison des indicateurs optimistes de l’AIE, qui prévoyaient une chute de la demande mondiale en pétrole en raison d’un recours de plus en plus significatif au mix énergétique, le gaz naturel, le charbon, les énergies renouvelables (solaire, éolien, bioénergie), l’hydrogène et l’efficacité énergétique. Mais il s’avère que le mix énergétique n’est pas vraiment au point, ou le sera-t-il jamais un jour pour prétendre détrôner le pétrole ? En tout cas, la situation actuelle a poussé l’AIE à demander à ses 32 pays membres de lâcher de nouvelles quantités de leurs stocks stratégiques pour pallier l’insuffisance du pétrole sur le marché, qui risque de faire flamber le baril et d’entraîner des hausses de prix à la pompe, notamment, qui seront très mal appréciées par les consommateurs. Le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, a adressé un courrier en ce sens aux gouvernements membres à la veille du Conseil des gouverneurs prévu le 15 octobre 2026, en insistant sur les pénuries et les tensions spécifiques concernant les produits raffinés et le gazole. Ces derniers temps, sur les 400 millions de barils de pétrole promis par les membres de l’AIE en mars, environ 325 millions avaient déjà été libérés en fin de semaine dernière. Il reste donc la libération urgente d’environ 100 millions de barils pour atteindre l’engagement initial des 400 millions de barils, et il est sûr que si les tensions persistent au Moyen-Orient, l’AIE va encore demander à ses pays membres de grignoter sur ce qui reste de leurs réserves stratégiques, réserves que certains craignent de consommer entièrement, en refusant de les lâcher sur le marché, et de courir le risque de se retrouver du jour au lendemain précipités dans une crise énergétique insurmontable. L’AIE mise dans ce sens sur le règlement de la crise au Moyen-Orient, ainsi que le conflit en Ukraine, afin de revenir à un approvisionnement régulier du marché pétrolier mondial, et permettre aux pays membres de reconstituer leurs stocks stratégiques. Est-ce possible ? Oui, mais il faut compter avec de nombreux facteurs très complexes à définir. Nul ne sait comment va évoluer la guerre contre l’Iran, ou comment vont se comporter les Houthis, qui sont en guerre ouverte contre l’Arabie saoudite, et qui ont la possibilité de bloquer d’autres voies maritimes névralgiques pour le commerce mondial, notamment le détroit de Bab-el-Mandeb, ou encore vers quoi se dirige la guerre Russie-Ukraine... Il y a des situations que ni l’AIE ni l’Opep ne peuvent prévoir dans un monde qui se distingue en cette fin d’année 2026 par une multiplication des zones de tensions, les unes plus menaçantes que les autres.