La primaire fracasse, la primaire ne répare pas

Que vont faire maintenant les candidats à la primaire de la gauche en France qui se sont déchirés pour ensuite aller à la bataille de la présidentielle en préte...

La majorité des médias et leurs chroniqueurs saluent un exercice de démocratie réussi. C’est vrai que les partis extrêmes, à gauche comme à droite, n’ont pas ce problème parce qu’ils ont des candidats à l’élection présidentielle autoproclamés. Cela semble une évidence lorsqu’on est un démocrate. Pourtant, les constitutions dans les grandes démocraties ne prévoient pas de primaires car elles savent que ce n’est pas un fondement stable et pérenne pour le bon fonctionnement du pouvoir institutionnel. Aux États-Unis, la Constitution ne mentionne ni les partis politiques ni les primaires. Le droit électoral relève de chaque État et les primaires relèvent du règlement interne de chaque parti. La Cour suprême avait d’ailleurs rappelé que les primaires relevaient de l’autonomie d’association des partis. En France, l’article 4 de la Constitution de la Ve République précise seulement : « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie... ». La notion de primaire n’est donc qu’une possibilité interne. D’ailleurs, elles ne sont pas toujours organisées au sein des partis politiques lorsque le règlement le permet. Le constat est globalement identique partout pour les grandes démocraties, à l’exception de l’Amérique latine comme en Argentine ou en Uruguay. Quant aux régimes autoritaires, pas la peine d’examiner les cas. Les primaires les plus connues sont celles des deux grands partis politiques aux États-Unis. C’est pour cela que cet article en parle prioritairement. C’est l’exemple le plus retenu dans la mémoire collective du monde. On sait que les candidats se déchirent publiquement avant d’en faire élire un pour la course à la bataille présidentielle. Mais malgré le spectacle d’une bataille fratricide, il n’y a pas exactement les mêmes conséquences. Les primaires sont un usage ancien, maîtrisé dans son mécanisme, et de plus, le système institutionnel américain ne pose pas le même problème grâce à une séparation stricte des pouvoirs. La constitution de l’exécutif n’est pas soumise aux mêmes règles concernant la nécessité de recherche d’équilibre entre les partis politiques au sein du gouvernement. Ce n’est absolument pas le cas en France et dans les régimes purement parlementaires, où les batailles entre les membres d’un même parti ont des répercussions sur la cohésion et la bonne entente des membres du gouvernement. Les inimitiés dans les rangs de la gauche qui a participé à la primaire étaient bien antérieures. C’est même une constante du combat politique. Mais les primaires n’ont vraiment pas arrangé les choses. Les électeurs regardent ce spectacle et se demandent pourquoi ces candidats promettent le rassemblement de la nation alors qu’ils se détestent ouvertement et sans retenue. Et les alliances montrent clairement qu’il s’agit de stratégies et non de réunions autour d’un projet commun. Bien entendu que cet article force le trait, mais c’est pour rappeler que la démocratie, c’est d’abord de la gestion de l’humain. Les repas de famille du dimanche, il en faut pour resserrer les liens, il ne faut pas les restreindre pour éviter l’explosion des humeurs. Les primaires de la gauche non mélenchoniste ont connu un repas de famille où les assiettes ont volé. Les primaires fracassent les assiettes, elles ne les recollent jamais ! (*) Lire la chronique du 4 septembre 2026 sous le titre « Les primaires, une bataille avant la guerre»