Éclairage public solaire : des directives présidentielles à l’épreuve du terrain !

La transition énergétique est devenue un impératif économique, environnemental et stratégique pour l’Algérie.

Dans cette perspective, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a donné des instructions visant à généraliser le recours à l’énergie solaire pour l’éclairage public, notamment dans les zones rurales isolées, les régions montagneuses et les nouvelles infrastructures routières. Une orientation qui s’inscrit dans la volonté de réduire la dépendance aux sources d’énergie conventionnelles, de rationaliser la consommation électrique et d’améliorer les conditions de vie des populations éloignées des réseaux traditionnels. Sur le papier, la démarche est pertinente. L’exploitation du potentiel solaire national devrait permettre de réaliser des économies à long terme, de réduire les charges d’exploitation et d’assurer un éclairage autonome dans les zones difficiles d’accès. Les massifs de l’Ouarsenis, des Aurès et du Djurdjura, ainsi que les routes et les voies express, constituent autant de territoires où cette technologie peut présenter un intérêt considérable. Mais entre les directives annoncées et leur concrétisation, le fossé reste préoccupant, car une question fondamentale s’impose : où en est réellement l’application de ces instructions sur le terrain ? Combien de communes ont engagé une véritable politique d’équipement solaire ? Combien d’installations fonctionnent durablement, et combien de lampadaires, après quelques mois seulement, sont devenus des équipements inutiles, faute de maintenance ou de matériel adapté ? Le premier obstacle est, semble-t-il, d’ordre financier ; de nombreuses assemblées populaires communales, confrontées à des budgets limités, hésitent à supporter le coût initial d’une installation solaire de qualité. Elles privilégient souvent les besoins les plus urgents : alimentation en eau potable, réfection des routes, assainissement ou entretien des établissements scolaires. Pourtant, raisonner uniquement en termes de coût d’acquisition revient à ignorer les économies potentielles sur la durée de vie des équipements. Encore faut-il disposer d’études sérieuses permettant de comparer les coûts globaux, l’entretien et les performances réelles des différentes solutions. À cette contrainte s’ajoute une bureaucratie qui ralentit considérablement la mise en œuvre des projets : les procédures de passation des marchés publics, les insuffisances des études techniques et le manque de compétences spécialisées dans certaines collectivités compliquent la préparation des cahiers des charges. Or, un projet mal conçu dès le départ risque de compromettre l’investissement avant même sa mise en service. Mais le véritable problème réside parfois dans la qualité des équipements installés. Des panneaux sous-dimensionnés, des batteries inadaptées aux conditions climatiques, des régulateurs défaillants ou des luminaires de performances insuffisantes peuvent transformer une initiative prometteuse en un échec coûteux. Lorsque des lampadaires s’éteignent après seulement quelques heures de fonctionnement, la population ne retient ni les ambitions de la transition énergétique ni les économies théoriques: elle constate simplement l’absence d’éclairage. Ces défaillances alimentent alors une méfiance à l’égard de la technologie solaire. Pourtant, ce n’est pas nécessairement le principe qui est en cause, mais souvent la qualité du matériel, le dimensionnement des installations, les conditions de pose et l’absence de suivi technique. Confondre les limites d’un équipement médiocre avec celles de toute une technologie constitue une erreur d’appréciation qui risque de freiner durablement les initiatives futures. À cela s’ajoute un problème trop souvent négligé : le service après-vente. Une installation solaire ne se résume pas à la pose d’un panneau et d’un luminaire. Elle exige un entretien régulier, le contrôle des batteries, la vérification des connexions et le remplacement des composants défectueux. Sans pièces de rechange disponibles, sans techniciens qualifiés et sans contrats de maintenance efficaces, les investissements publics risquent de se dégrader rapidement. L’équipement le moins cher à l’achat peut ainsi devenir le plus coûteux à long terme. Le vol et le vandalisme constituent également des menaces sérieuses, particulièrement dans les zones isolées. Les batteries, les panneaux et certains composants peuvent attirer les convoitises. Là encore, l’absence de mesures de protection adaptées et de dispositifs de surveillance expose les collectivités à des dépenses répétées et à une dégradation du service public. Dès lors, la question n’est plus seulement de savoir combien de lampadaires solaires seront installés, mais combien resteront opérationnels plusieurs années après leur mise en service ? La généralisation de l’énergie solaire ne saurait se réduire à une opération d’affichage ou à la multiplication de marchés publics. Elle doit reposer sur une politique cohérente associant études techniques, normes de qualité, contrôle des produits, formation des intervenants et maintenance à long terme. Le recours aux fabricants et aux entreprises nationales compétentes peut contribuer à structurer une filière locale, à condition que les exigences de performance, de conformité et de fiabilité soient effectivement respectées. Il appartient donc aux pouvoirs publics de renforcer le contrôle des équipements commercialisés, d’améliorer l’accompagnement technique des communes et d’intégrer systématiquement le coût de maintenance dans le financement des projets. Les cahiers des charges doivent privilégier les performances vérifiables, les garanties réelles et la disponibilité des pièces de rechange, plutôt que le seul critère du prix le plus bas. Enfin, un dispositif d’évaluation périodique permettrait de mesurer les résultats obtenus : taux de fonctionnement des installations, consommation évitée, coûts d’entretien et satisfaction des populations. Cette transparence contribuerait à identifier les défaillances, à responsabiliser les intervenants et à éviter le gaspillage des deniers publics. L’éclairage solaire doit éclairer durablement les routes et les villages, assurer les usagers et sécuriser les habitants et non servir de vitrine à des projets qui s’éteignent avant même d’avoir tenu leurs promesses. La véritable réussite de cette transition ne se mesurera pas au nombre de lampadaires inaugurés, mais à leur capacité à fonctionner, nuit après nuit, au service des citoyens.